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Autoconsommation ou Revente Totale ?

Franck Savard, Directeur général chez PV Solaire Aquitaine
Par Franck Savard, Directeur général chez PV Solaire Aquitaine ·

Les deux modèles économiques du solaire photovoltaïque

Lorsqu'un particulier en Gironde décide d'investir dans des panneaux solaires, une question fondamentale se pose dès le départ : que faire de l'électricité produite ? La réponse détermine le montage contractuel, le dimensionnement de l'installation, les aides disponibles et, surtout, la rentabilité sur vingt ans. Deux modèles s'affrontent : l'autoconsommation avec vente du surplus et la revente totale de la production.

L'autoconsommation avec surplus consiste à consommer en priorité l'électricité solaire produite sur le moment, et à revendre à un opérateur l'énergie que l'on ne peut pas utiliser immédiatement. La revente totale, à l'inverse, consiste à injecter la totalité de la production dans le réseau public, sans en consommer soi-même une seule kilowattheure, et à percevoir un tarif d'achat garanti sur vingt ans pour chaque kWh envoyé.

Ces deux approches répondent à des logiques économiques distinctes et ne s'adressent pas aux mêmes profils. Comprendre leurs différences concrètes, en tenant compte du contexte girondin — un climat océanique tempéré, des étés modérément ensoleillés et des hivers doux sur le Bassin d'Arcachon comme à Libourne ou dans le Médoc — est indispensable avant tout investissement.

Comment fonctionne l'autoconsommation avec surplus

En autoconsommation avec vente du surplus, votre installation est raccordée à votre tableau électrique. Pendant les heures d'ensoleillement, vos panneaux produisent de l'électricité qui alimente directement vos appareils en fonctionnement — réfrigérateur, machine à laver, pompe à chaleur, chargeur de véhicule électrique. Ce que vous consommez ainsi n'a aucun coût : vous évitez de l'acheter au réseau au prix courant du marché, soit environ 0.2516 € par kWh en 2026 (tarif réglementé TRVe, option Base).

Lorsque la production dépasse votre consommation instantanée — par exemple en milieu de journée en été à Biganos lorsque le soleil est au zénith et que vous êtes au travail — le surplus est automatiquement injecté dans le réseau. Vous le revendez à EDF Obligation d'Achat (EDF OA) au tarif réglementé en vigueur. Pour une installation de 9 kWc ou moins, ce tarif s'élève à 0.1269 € par kWh en 2026. Ce montant est révisé chaque trimestre et garanti pendant vingt ans à compter de la date de raccordement.

À ce dispositif s'ajoute une prime à l'autoconsommation versée en une seule fois lors du raccordement. Son montant dépend de la puissance installée : pour une installation de 3 kWc, elle atteint 1140 €, pour 6 kWc elle est de 1140 € également (identique car le barème est fixé par tranche jusqu'à 3 kWc puis entre 3 et 9 kWc), et pour 9 kWc, elle peut atteindre 2100 €. En pratique, pour un kit 6 kWc, la prime s'élève à environ 1380 € selon les barèmes S24. Cette prime n'existe pas en revente totale.

En Gironde, un kit de 6 kWc bien orienté (plein sud, inclinaison 30°) produit entre 7 200 et 7 800 kWh par an, selon que l'installation est située plutôt sur le Bassin d'Arcachon ou dans l'arrière-pays de l'Entre-deux-Mers. Le taux d'autoconsommation d'une famille présente à domicile en journée oscille naturellement entre 30 et 40 %, ce qui correspond à 2 100 à 2 900 kWh consommés directement et 4 300 à 5 100 kWh revendus.

Comment fonctionne la revente totale

En revente totale, l'intégralité de la production de vos panneaux est injectée dans le réseau public, sans passer par votre tableau électrique. Vous continuez à acheter votre électricité au tarif normal pour tous vos besoins domestiques. En contrepartie, vous percevez un tarif d'achat garanti sur vingt ans pour chaque kWh produit.

Ce tarif, dit S24 (pour les installations intégrées au bâti simplifiées ou posées en surimposition), s'établit à environ 0.1079 € par kWh pour les installations de moins de 9 kWc en 2026. Il est légèrement inférieur au tarif de rachat du surplus en autoconsommation (0.1269 € par kWh). Surtout, ce modèle ne bénéficie d'aucune prime à l'autoconsommation.

La revente totale est techniquement plus simple à mettre en oeuvre, car le schéma de raccordement est différent : les panneaux sont directement connectés au réseau, sans couplage avec le circuit interne du logement. Cela peut représenter un léger avantage d'installation dans certaines configurations de bâti, mais cet avantage est généralement marginal pour une maison individuelle standard à Bordeaux, dans le Médoc ou à Libourne.

Tableau comparatif chiffré pour un kit 6 kWc en Gironde

Le tableau suivant repose sur les hypothèses suivantes : production annuelle de 7 500 kWh (moyenne girondine), taux d'autoconsommation de 35 % en autoconsommation, prix de l'électricité 2026 à 0.2516 €/kWh avec une revalorisation annuelle de 3 %, tarifs d'achat stables sur vingt ans (contrat garanti), investissement net après déduction de la prime.

CritèreAutoconsommation + surplusRevente totale
Investissement brut (6 kWc)14 000 €14 000 €
Prime autoconsommation- 1 380 €0 €
Investissement net12 620 €14 000 €
Gains année 1 (économies + revenus)~1 150 €~810 €
Cumul gains à 10 ans~13 200 €~8 100 €
Cumul gains à 20 ans~30 500 €~16 200 €
Retour sur investissement estimé10 à 12 ans17 à 20 ans
Bénéfice net à 20 ans~17 880 €~2 200 €

La différence de bénéfice net sur vingt ans est saisissante. L'autoconsommation surpasse la revente totale principalement parce que chaque kWh consommé directement vaut 0.2516 € évités, contre seulement 0.1079 € reçus en revente totale. Autrement dit, autoconsommer coûte deux fois moins cher que revendre.

L'évolution des tarifs d'achat : une tendance qui pèse sur la revente totale

Les tarifs d'achat de l'électricité solaire sont révisés chaque trimestre par la Commission de régulation de l'énergie (CRE). Cette révision suit une trajectoire globalement baissière depuis les années 2010, reflet de la chute des coûts de fabrication des panneaux et de la maturité du marché. En 2015, le tarif de rachat pour une petite installation résidentielle dépassait encore les 0.25 €/kWh. En 2026, il s'établit à 0.1269 € pour le surplus en autoconsommation et 0.1079 € pour la revente totale.

Cette tendance est importante à comprendre pour évaluer les deux modèles. Une fois votre contrat signé, le tarif est figé pendant vingt ans, quelle que soit son évolution ultérieure. Cependant, les projets en attente de raccordement subissent chaque trimestre des révisions qui peuvent abaisser légèrement la rentabilité de la revente totale. Pour l'autoconsommation, cette évolution est moins critique : une baisse du tarif de rachat du surplus affecte seulement la fraction de l'énergie non consommée, soit 60 à 70 % de la production au maximum.

À l'inverse, si les tarifs d'achat continuent à baisser dans les prochaines années, les futurs projets en revente totale seront de moins en moins rentables, tandis que l'autoconsommation restera attractive tant que le prix de l'électricité réseau reste au-dessus du tarif de revente — ce qui constitue aujourd'hui une certitude économique.

L'impact du prix de l'électricité : un levier décisif pour l'autoconsommation

C'est l'un des arguments les plus puissants en faveur de l'autoconsommation : chaque hausse du prix de l'électricité du réseau améliore mécaniquement la rentabilité de votre installation, sans que vous n'ayez rien à faire. Si le tarif réglementé passe de 0.2516 € en 2026 à 0.32 € dans dix ans — ce qui correspond à une hausse annuelle de l'ordre de 2.5 à 3 %, comparable aux tendances observées depuis 2019 — la valeur de chaque kWh autoconsommé augmente d'autant.

En revente totale, cette dynamique est totalement absente. Votre revenu est fixé à 0.1079 € par kWh pendant vingt ans, peu importe que l'électricité du réseau coûte 0.30, 0.35 ou 0.40 € dans une décennie. Vous continuez d'ailleurs à payer l'électricité que vous consommez au tarif du marché, sans bénéficier de votre production. La revente totale vous expose donc à un double risque : des tarifs d'achat stables mais relativement bas, et une facture d'électricité en hausse que rien ne compense.

Dans le département de la Gironde, où les prix de l'immobilier et du coût de la vie ont fortement progressé ces dernières années, les ménages sont particulièrement exposés aux hausses tarifaires de l'énergie. L'autoconsommation constitue une forme de bouclier partiel contre cette inflation énergétique, d'autant plus efficace que la consommation est optimisée en journée.

Le taux d'autoconsommation : la clé de la rentabilité

Le taux d'autoconsommation désigne la part de la production solaire effectivement consommée dans le logement. Il constitue le facteur le plus influent sur la rentabilité d'une installation en autoconsommation. Plus ce taux est élevé, plus chaque kWh vaut cher (0.2516 € économisés plutôt que 0.1269 € revendus).

Sans optimisation particulière : 30 à 40 %

Pour un foyer de quatre personnes dont les membres sont absents en journée, le taux d'autoconsommation naturel se situe entre 30 et 40 %. La production est maximale entre 10 h et 16 h, pendant que le logement est peu consommateur. Seuls les appareils en veille, le réfrigérateur et quelques équipements de base tournent en continu. C'est le cas de nombreuses familles à Bordeaux, Mérignac ou Pessac.

Avec décalage des usages : 50 à 60 %

En programmant les gros consommateurs électriques sur les heures d'ensoleillement — lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge, chauffe-eau électrique — on peut facilement grimper à 50-60 % d'autoconsommation. Cette stratégie ne coûte rien et ne nécessite aucun équipement supplémentaire, juste une adaptation des habitudes ou l'utilisation des programmateurs d'appareils déjà présents. Elle est particulièrement adaptée aux télétravailleurs et aux retraités girondin, nombreux dans les communes du Bassin d'Arcachon comme Biganos ou Audenge.

Avec batterie de stockage : 70 à 80 %

L'adjonction d'un système de stockage par batterie domestique permet de stocker l'excédent de production de la journée pour le restituer le soir. Les taux d'autoconsommation atteignent alors 70 à 80 %, voire davantage selon le dimensionnement. Le coût d'une batterie de 5 à 10 kWh oscille entre 4 000 et 9 000 € en 2026. La rentabilité de cet investissement supplémentaire dépend du profil de consommation et du prix de l'électricité futur : elle reste intéressante lorsque le prix du réseau dépasse les 0.25 €/kWh, ce qui est déjà le cas aujourd'hui.

Simulation sur 20 ans en Gironde

La Gironde bénéficie d'un climat océanique tempéré, caractérisé par des hivers doux, des précipitations modérées et des étés relativement ensoleillés. Le département ne connaît que rarement des températures négatives, ce qui est favorable à la longévité des équipements photovoltaïques. Du Bassin d'Arcachon à Libourne en passant par les vignobles bordelais, l'ensoleillement annuel se situe entre 1 900 et 2 100 heures, ce qui place la Gironde en zone H2 favorable.

Pour un kit de 6 kWc installé à Biganos, orienté plein sud avec une inclinaison de 30°, on peut attendre une production annuelle d'environ 7 500 kWh. Les panneaux monocristallins actuels, avec un rendement de 21 à 22 %, assurent une dégradation de la production de l'ordre de 0.3 à 0.5 % par an. Au bout de vingt ans, la production se situera encore autour de 93 à 95 % de sa valeur initiale.

Projection autoconsommation avec surplus (35 % de taux d'autoconsommation)

  • Production annuelle : 7 500 kWh, soit 2 625 kWh autoconsommés et 4 875 kWh revendus
  • Économies sur facture année 1 : 2 625 x 0.2516 = 660 €
  • Revenus de revente année 1 : 4 875 x 0.1269 = 619 €
  • Gain total année 1 : 1 279 € (dont 1 380 € de prime perçue dès le raccordement)
  • Cumul sur 20 ans (avec revalorisation annuelle du prix réseau à +3 %) : environ 30 000 à 31 000 €
  • Bénéfice net sur 20 ans : environ 17 500 à 18 500 €

Projection revente totale

  • Production annuelle : 7 500 kWh, intégralement revendus à 0.1079 €/kWh
  • Revenus de revente année 1 : 7 500 x 0.1079 = 809 €
  • Cumul sur 20 ans : 20 x 809 = environ 16 180 € (sans dégradation)
  • Investissement de départ : 14 000 € sans prime
  • Bénéfice net sur 20 ans : environ 2 000 à 2 500 €
  • Retour sur investissement : au-delà de 17 ans

L'écart est significatif. Sur vingt ans, l'autoconsommation génère un bénéfice net environ huit à neuf fois supérieur à celui de la revente totale, pour un investissement de départ comparable. En Gironde, compte tenu d'un prix de l'électricité structurellement orienté à la hausse et d'un ensoleillement suffisant pour alimenter une part significative des besoins domestiques, l'autoconsommation s'impose clairement comme le modèle le plus performant économiquement.

Les contraintes administratives à connaître

Les deux modèles impliquent des démarches administratives distinctes. Dans les deux cas, le raccordement au réseau Enedis est obligatoire et donne lieu à une demande de raccordement (Consuel, convention de raccordement, etc.). C'est ensuite la nature du contrat d'achat qui diffère.

En autoconsommation avec surplus

Vous devez souscrire un contrat de vente du surplus auprès d'EDF OA ou d'un autre acheteur obligatoire. Un compteur Linky communicant (déjà présent chez la grande majorité des foyers girondin en 2026) est nécessaire pour mesurer précisément ce qui est consommé et ce qui est injecté. La démarche se fait via le guichet unique des énergies renouvelables. Le délai de raccordement varie de deux à six mois selon la commune et la puissance de l'installation.

En revente totale

Le contrat d'obligation d'achat S24 est signé avec EDF OA pour une durée de vingt ans. Le schéma de raccordement est différent : la production ne passe pas par votre tableau électrique domestique. Le coût de raccordement peut légèrement varier selon les configurations techniques, mais il est généralement similaire. Notez que la revente totale nécessite également un passage par le guichet unique et un Consuel.

Revente totale : pour qui encore en 2026 ?

Si la revente totale a perdu une grande partie de son attrait pour les particuliers, elle garde une pertinence dans quelques cas de figure spécifiques.

  • Les résidences secondaires inoccupées en semaine : Si le logement est inhabité la majorité du temps, le taux d'autoconsommation serait si faible (moins de 10 %) que la revente totale peut être préférable. C'est le cas de nombreuses résidences secondaires du Bassin d'Arcachon, utilisées principalement en été et les week-ends.
  • Les bâtiments agricoles ou tertiaires à faible consommation diurne : Certains hangars, caves viticoles ou bâtiments annexes en Gironde peuvent avoir des profils de consommation inadaptés à l'autoconsommation.
  • Les projets déjà engagés avant 2020 : Les installations existantes en revente totale avec des tarifs contractualisés autour de 0.15 à 0.20 €/kWh restent rentables jusqu'à leur échéance, mais il n'y a aucun intérêt à opter pour ce modèle aujourd'hui à ces niveaux de tarif.
  • Les très grandes installations tertiaires : Au-delà de 100 kWc, d'autres régimes contractuels et des appels d'offres CRE s'appliquent, sortant du cadre comparatif de cet article.

Pour une résidence principale à Bordeaux, Mérignac, Libourne, Biganos ou dans le Médoc, la revente totale ne présente en 2026 aucun avantage économique par rapport à l'autoconsommation avec surplus. Les tarifs d'achat trop bas ne compensent pas l'absence de bénéfice sur la facture d'électricité.

Notre verdict : l'autoconsommation avec surplus, choix optimal en 2026 pour les Girondin

Pour la quasi-totalité des propriétaires de résidences principales en Gironde, l'autoconsommation avec vente du surplus est sans conteste le modèle à privilégier en 2026. Les raisons sont multiples et convergentes :

  • Chaque kWh autoconsommé vaut plus du double d'un kWh revendu (0.2516 € économisé vs 0.1079 € perçu)
  • La prime à l'autoconsommation réduit l'investissement net dès le départ
  • La hausse structurelle du prix de l'électricité améliore mécaniquement la rentabilité au fil du temps
  • Le climat girondin, avec ses étés ensoleillés et ses hivers doux, offre une production régulière sur l'année, favorable à l'autoconsommation
  • L'optimisation des usages (programmation des appareils, pompe à chaleur, borne de recharge) permet d'augmenter facilement le taux d'autoconsommation
  • Le bénéfice net sur vingt ans est environ huit à neuf fois supérieur à celui de la revente totale pour un même investissement

La seule situation où la question mérite encore réflexion est celle des résidences secondaires peu occupées, pour lesquelles un audit de consommation préalable est indispensable. Dans tous les autres cas, le choix de l'autoconsommation avec surplus s'impose comme une évidence économique et pratique pour les habitants de la Gironde.

Pour aller plus loin

Sources

  • Commission de régulation de l'énergie (CRE) — Tarifs d'achat et délibérations trimestrielles sur les tarifs S06 et S24 : www.cre.fr
  • ADEME — Agence de la transition écologique, guides pratiques sur le photovoltaïque et l'autoconsommation : www.ademe.fr
  • France Rénov' — Informations sur les aides à la rénovation énergétique et l'éco-prêt à taux zéro : www.france-renov.gouv.fr
  • EDF Obligation d'Achat — Conditions de rachat du surplus et revente totale : www.edf-oa.fr
  • Enedis — Procédures de raccordement et compteurs communicants Linky : www.enedis.fr

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